La première fois que j'ai embarqué à Husavik, il pleuvait tellement que je distinguais à peine la proue du bateau. Vingt minutes plus tard, une baleine à bosse est sortie à dix mètres, et j'ai complètement oublié que j'étais trempé jusqu'aux os. C'est ça, l'observation des baleines en Islande : vous payez pour une sortie, vous repartez avec un souvenir qui vous colle pendant des années.
Le problème, c'est que tout le monde vous répète les mêmes deux noms : Reykjavik et Husavik. Or le spot que vous choisirez change complètement votre expérience, votre budget et vos chances réelles de voir quelque chose. Voici ce que j'ai appris en multipliant les sorties sur la côte nord et dans la baie de Faxaflói.
Points clés à retenir
- Husavik reste la valeur la plus sûre pour la diversité des espèces, mais Reykjavik dépanne parfaitement si vous ne quittez pas la capitale.
- La fenêtre la plus riche va de mai à septembre ; l'hiver se joue sur les orques et les cachalots, pas sur les baleines à bosse.
- Le prix d'une excursion classique tourne autour de 100 à 140 € par adulte en haute saison — comptez plus pour les sorties en petit bateau.
- Vous pouvez voir des baleines depuis la terre ferme, gratuitement, si vous savez où vous placer.
- La mer est plus calme le matin : c'est là que le mal de mer frappe le moins.
- Aucun opérateur sérieux ne garantit à 100 % une observation — la plupart proposent une seconde sortie gratuite si vous repartez bredouille.
Où observer les baleines en Islande : les ports qui valent le détour
Trois ports concentrent l'essentiel des départs. Chacun a sa personnalité, et le meilleur choix dépend surtout de votre itinéraire.
Husavik, la capitale auto-proclamée de l'observation
Husavik est un village de pêcheurs posé au fond de Skjálfandi, une baie alimentée par des canyons sous-marins profonds. Résultat : le plancton remonte, les petits poissons suivent, et les baleines viennent manger à quelques encablures du port. C'est ce qui explique pourquoi les bateaux reviennent rarement les mains vides ici.
Ce que j'aime : la sortie dure souvent trois heures, on croise fréquemment plusieurs espèces dans la même matinée — baleine à bosse, petit rorqual, parfois une baleine bleue en plein été. Les bateaux en bois traditionnels donnent une ambiance que les catamarans de Reykjavik n'ont pas. Le revers : Husavik est à environ cinq heures de route de Reykjavik, ou à quarante-cinq minutes de vol depuis la capitale. Ce n'est pas une sortie à la journée improvisée.
Reykjavik, le dépannage efficace
Depuis le vieux port, les départs se font dans la baie de Faxaflói. Vous embarquez à vingt minutes à pied de votre hôtel, ce qui change tout quand vous n'avez que deux jours en Islande. On y voit surtout des petits rorquals et des baleines à bosse, plus quelques marsouins communs — ces petits cétacés qu'on confond souvent avec des vagues au début.
Franchement, l'expérience est plus industrialisée. Les catamarans embarquent des groupes plus larges, et certains créneaux ressemblent à une excursion de masse. Cela dit, pour un premier contact, ça fait le travail. Et si vous n'avez pas envie de traverser le pays, personne ne vous le reprochera.
Akureyri, l'alternative souvent oubliée
Akureyri, sur le fjord d'Eyjafjörður, propose aussi des départs. J'y suis allé une fois, en septembre, et j'ai vu deux baleines à bosse en une heure et demie de navigation. C'est une bonne option si vous descendez du nord vers l'est et que vous ne voulez pas redescendre jusqu'à Husavik. Les eaux du fjord sont abritées : les sorties sont annulées moins souvent pour raison de houle.
| Port | Espèces fréquentes | Distance de Reykjavik | Ambiance |
|---|---|---|---|
| Husavik | Baleine à bosse, baleine bleue, petit rorqual, orque | ~5 h de route | Bateaux traditionnels, atmosphère de village |
| Reykjavik | Petit rorqual, baleine à bosse, marsouin | 0 | Catamarans plus grands, plus touristique |
| Akureyri | Baleine à bosse, petit rorqual | ~4 h 30 de route | Fjord abrité, sorties plus régulières |
Quelle période choisir pour voir des baleines ?
C'est la question qu'on me pose le plus, et la réponse honnête est : ça dépend de l'espèce que vous visez.
Un calendrier mois par mois
De mai à septembre, vous êtes dans la fenêtre reine. Les baleines à bosse remontent en masse pour se nourrir, et c'est là que vous avez le plus de chances de tomber sur une baleine bleue — plutôt en juin et juillet, dans le nord du pays principalement. L'été offre aussi les journées les plus longues : en juin, il fait presque jour toute la nuit, ce qui permet des sorties tardives.
En avril et octobre, la saison charnière : moins de bateaux, des prix parfois plus doux, et encore de belles observations. C'est ma période préférée, parce que vous partagez la baie avec trois autres personnes au lieu de trente.
L'hiver, de novembre à mars, tout change. Les baleines à bosse deviennent rares. Ce sont les orques et les cachalots qui prennent le relais, notamment au large de la péninsule de Snæfellsnes et près de Grundarfjörður. Les sorties sont plus courtes, plus froides, et dépendent davantage de la météo.
La météo décide plus que votre calendrier
J'ai annulé une sortie en plein juillet à cause d'un coup de vent, et vu une bosse magnifique un 12 octobre. Les opérateurs annulent régulièrement pour sécurité, et c'est tant mieux. Prévoyez toujours une journée de marge dans votre itinéraire : ne réservez pas votre sortie la veille de votre vol retour.
Combien coûte une excursion baleine en Islande ?
Le budget dépend de trois facteurs : le port, le type de bateau et la saison. En haute saison, une sortie classique en catamaran tourne autour de 100 à 140 € par adulte. Les sorties en petit bateau rapide, plus proches de l'eau, montent facilement à 180-200 €.
Quelques réflexes qui font baisser la note :
- Réserver en ligne à l'avance, parfois 10-15 % moins cher qu'au guichet.
- Rester attentif aux créneaux du matin, souvent légèrement moins chers.
- Vérifier la politique de seconde sortie gratuite — plusieurs opérateurs la proposent, et ça vaut le coup si votre premier essai est bredouille.
- Habillez-vous comme pour une randonnée en montagne, pas comme pour une croisière. Les combinaisons fournies sauvent, mais elles ne font pas de miracle si vous arrivez en jean.
Une chose que j'ai apprise à mes dépens : les premiers rangs mouillent. Beaucoup. Le petit rorqual nage vite, et le bateau le suit. Si vous tenez à votre appareil photo, rangez-le dans un sac étanche entre deux prises.
Avant de réserver : trois points à ne pas oublier
- Vérifiez que l'opérateur est agréé et qu'un guide naturaliste parle au moins anglais.
- Prévoyez une journée tampon dans votre planning.
- Si possible, privilégiez un départ le matin : la houle est plus faible, et les baleines sont encore actives.
Que mangent les baleines en Islande, et pourquoi ça compte pour vous
Les baleines ne viennent pas en Islande par hasard. Les eaux qui entourent l'île sont riches en capelan, en hareng et en krill — ce petit crustacé qui fait la base de la chaîne alimentaire. Les baleines à bosse et les baleines bleues filtrent ce plancton grâce à leurs fanons ; les cachalots, eux, plongent profond pour chasser le calmar.
Pourquoi ça vous concerne ? Parce que la présence de nourriture détermine où les bateaux vont. Si le capelan se déplace, les baleines suivent, et votre guide aussi. C'est pour ça qu'aucun opérateur ne peut garantir un spot précis : la baie change chaque semaine.
Peut-on voir des baleines depuis la terre ferme ?
Oui, et c'est gratuit. Quelques endroits où j'ai réellement vu quelque chose, sans payer un centime :
- Le cap de Vatnsnes, sur la côte nord-ouest — j'y ai observé des phoques et, une fois, un souffle au loin. Prévoyez des jumelles.
- La péninsule de Snæfellsnes, surtout autour de Grundarfjörður, pour les orques en hiver.
- Les hauteurs autour de Husavik : l'église du village offre un point de vue sur la baie. On y aperçoit parfois des souffles, mais c'est aléatoire.
Détail important : depuis la terre, vous ne verrez probablement qu'un souffle ou un dos, jamais un saut complet. C'est une activité de patience, pas de spectacle. Si vous voulez vraiment voir une baleine de près, il faut embarquer.
Trois erreurs que j'ai commises (et que vous pouvez éviter)
Erreur n°1 : réserver la sortie le dernier jour. Le vent a annulé ma sortie, et je n'avais plus de marge. Depuis, je place toujours la sortie baleine en milieu de séjour.
Erreur n°2 : sous-estimer le froid. Même en août, la température ressentie en mer tombe vite. J'ai passé une sortie entière à claquer des dents au lieu de regarder l'horizon.
Erreur n°3 : croire qu'un gros bateau veut dire moins de baleines. Faux. Les catamarans offrent une plateforme plus stable et donc de meilleures photos, surtout si vous avez le mal de mer. La taille du bateau n'a rien à voir avec la proximité des animaux.
Un dernier point : la plupart des opérateurs adoptent aujourd'hui une approche respectueuse des animaux, avec des distances minimales à respecter. Si un bateau fonce sur une baleine pour satisfaire un groupe, ce n'est pas bon signe. Fuyez.
Et si vous ne deviez retenir qu'une chose
Husavik reste mon choix numéro un si vous avez le temps et que vous cherchez la diversité. Reykjavik gagne si vous êtes pressé. Akureyri mérite plus d'attention qu'on ne lui en accorde. Mais la vraie variable, celle qui décide de tout, ce n'est ni le port ni le prix : c'est la météo du jour où vous embarquez. Un ciel gris et une mer plate valent mieux qu'un soleil éclatant avec trois mètres de houle. Alors gardez une journée libre, prenez un cachet contre le mal de mer si vous doutez, et laissez la mer décider. La baleine, elle, ne consulte pas votre planning.